Vous êtes ce que vous consommez, et c’est tant mieux !

Le pouvoir d’achat, le pouvoir politique 2.0

En 2016, on a l’impression que le citoyen lambda – vous et moi – s’éloigne de la chose politique. Certains diront que c’est dû à la dimension très individualiste de nos sociétés, modelées par la culture de la consommation et le culte de l’égo, d’autres diront que c’est le fruit d’une désillusion politique dont nos dirigeants sont responsables, d’autres enfin pourront affirmer que c’est le manque de grands combats, et finalement la relative satisfaction ou le relatif confort dans lequel nous vivons qui en sont la cause.

Pour ma part, il me semble que ce qui nous détourne de cet engagement, que je considère salutaire face aux multiples menaces sur notre liberté, sur notre dignité et sur notre bonheur, c’est bien plutôt notre sentiment d’impuissance. En effet, nos votes ne semblent pas influer le cours des choses, il semble que les décideurs obéissent plus à des intérêts économiques privés qu’à ceux du peuple qu’ils représentent. On entend souvent que les lois nous sont dictées par Bruxelles. Enfin et surtout, il semble que dans le jeu de la mondialisation et d’interdépendance qu’elle a créée, nous soyons, notamment du point de vue économique, dépendants des choix et de la santé économique sinon politique des autres pays. En un mot, nous sommes un peu désespérés de voir nos espoirs et intérêts aboutir dans un monde aussi complexe et dont les lois nous échappent.

Cependant, si vous m’avez suivi jusque-là, vous serez d’accord pour dire que c’est l’argent qui régit notre monde, c’est l’argent qui fait bouger les choses, c’est “le nerf de la guerre”. Et certes les 1% les plus riches possèdent autant que les 50% les plus pauvres, mais cela ne prouve rien, sinon que c’est au 49% qui restent de faire bouger les choses – vous et moi, donc.

Or, pour faire bouger les choses dans ce monde d’argent, il faut jouer avec ses règles, et parler aux dirigeants avec des mots qu’ils comprennent, c’est-à-dire qu’il faut se servir de notre argent, de notre flouze, de notre oseille, de nos ronds, de nos petits deniers, de notre thunes pour les secouer, les mettre à genoux et les forcer à entendre ce que nous avons à dire. En un mot, il faut donner du sens au pouvoir d’achat qui est encore le nôtre (car, ne nous le cachons pas, si les choses continuent ainsi, nous ne resterons pas “riches” très longtemps). Il faut reprendre le pouvoir sur notre argent, pour qu’il infléchisse le cours des choses dans le sens que nous voulons. Bien sûr, la façon d’investir votre argent dormant est primordiale.

vote-1804596_1920

Cependant, ce dont je veux parler ici c’est de l’investissement que vous faites tous les jours, ou au moins toutes les semaines, lorsque vous allez vous approvisionner en nourriture ou en vêtement. Car finalement, même si cela semble représenter des sommes modiques, en cumulé, c’est un investissement conséquent (budget nourriture de l’ordre de 300 à 350 euros par mois en moyenne, en comptant les repas à l’extérieur, avec de grandes disparités). Et non seulement il est conséquent, mais vous le maitrisé, c’est un investissement direct et conscient que vous faites, lorsque vous choisissez d’aller dans tel ou tel supermarché, ou de ne pas aller dans un supermarché mais plutôt chez un petit commerçant, lorsque vous prenez tel ou tel produit sur l’étalage et que vous le mettez dans votre panier, lorsque vous choisissez le restaurant dans lequel vous allez manger, mais aussi quand vous choisissez le plat que vous commandez. Puisque vous y consacrez du temps, et que ce temps est important, puisqu’il décide de ce que vous allez donner à votre corps pour qu’il vous permette de vivre, autant l’utiliser à bonne escient, et que les choix que vous faites aient un impact positif sur l’environnement, pris au sens le plus large.

Le Lobbying le plus puissant, c’est nous 

Ou plutôt, c’est notre argent. Souvent j’entends dire, parfois de ma propre bouche, « oui, les lobbyistes dirigent le monde, ils écrivent nos lois, ce sont eux qui négocient le TAFTA ». Oui mais, un lobbyiste, c’est quoi ? Un lobbyiste c’est un type qui représentent les intérêts de la société civile prise au sens large (donc avec les entreprises), et qui est chargé, de façon réglementée (en théorie) d’infléchir les lois de façon à ce qu’elles soient plus facilement applicables, en prenant en compte d’autres intérêts que ceux des législateurs.

Alors oui, vous allez me dire que ma vision est bien naïve. Oui et non, il y a des lobbyistes de tous bords. Les ONGs de protection de l’environnement sont considérées comme des lobbyiste par exemple. En fait, un lobbyiste c’est quelqu’un qui, parce que la société civile lui donne de l’argent ou un soutien moral, mais surtout de l’argent et donc du pouvoir, est admis à la table des négociations. Vous allez crier au scandale, me dire que c’est dégueu et qu’on vit dans un monde de merde. Moi je vous réponds, oui, mais vous êtes responsables. Parce que l’argent qui est dans les fouilles des lobbyistes, c’est vous qui l’y avait mis, c’est votre argent qui donne sa légitimité à ces gens et aux entreprises qu’ils représentent. Quand vous allez acheter un paquet de clopes, de médocs ou quand vous achetez votre mousse à raser ou même votre viande nourrie avec du maïs Monsanto, vous offrez un laissez-passer à un lobbyiste pour le parlement de Bruxelles, alors plutôt que de pleureur sur votre sort, changez-le !

european-parliament-1266491_1920

Avec le big data, c’est vous le roi

Ok, c’est pas vous tout seul qui allez faire la différence… quoi que… D’abord vous n’êtes pas tout seul, on est peut-être 10 ou 20 ou peut-être des milliers… on est les 99% et ça c’est pas négligeable. Ensuite, il faut bien commencer quelque part, et le plus simple pour faire changer les choses, c’est de commencer par vous. Ne sous-estimez pas votre pouvoir d’influence, si vous croyez en ce que vous faites, les autres vous suivront. Moi j’ai arrêtez de me laver les cheveux avec du shampoings parce que j’ai vu quelqu’un qui a de très beaux cheveux le faire, j’ai arrêté de manger trop de viande (j’en mange quand même de temps en temps) parce que des personnes que j’estime beaucoup sont devenues vegans/vegetariennes/flexivores.

Vous avez l’impression que ça va prendre une plombe ? Raison de plus pour commencer tout de suite. Mais on vous rassure, selon des prévisions faites par nos soins et absolument pas scientifiques, (le pifomètre disons), ça ne va pas prendre plus de 10 ans, peut-être même pas 5… (Ici un article de 2015 sur la baisse de consommation de viande, par exemple).

crowd-1699137_1920

Un truc qu’il faut pas perdre de vue, c’est le BIG DATA et le Marketing. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que pleins de gens pense que c’est le marketing qui nous “dicte” ce que nous devons acheter, qui nous manipule, qui nous lave le cerveau. Ce n’est que partiellement vrai.

 D’abord éteignez votre téléviseur, ensuite faite une liste de course, n’achetez pas de presse genrée, vous allez voir que ça va aller beaucoup mieux. Ensuite, ce n’est pas vraiment vrai parce que quand on étudie l’histoire du marketing, on voit 3 grands mouvements dans l’histoire de la discipline : d’abord on pense que c’est en effet le producteur qui impose son produit, puis cette théorie est radicalement critiquée, et on dit “c’est le consommateur qui est roi, il faut se plier à ses désirs”. Aujourd’hui, on est dans un entre-deux (je sais pas si c’est la vérité, mais c’est ce qu’on apprend au marketeur aujourd’hui, c’est comme ça qu’ils font leur job) et on dit, il y a un désir de base, peut être inconscient, et on doit y répondre par un nouveau produit (je vous JURE que les profs de market n’ont pas l’impression de manipuler les gens #impayable).

Vous allez me dire: mais où ça nous mène cette histoire théorie du marketing ? Ça nous mène ici : en 2017, chacun de vos achats est tracé, il vient enrichir les listes de ventes des supermarchés, qu’ils partagent avec leurs fournisseurs. Si vous avez une carte de fidélité, je vous en parle même pas, ils ont établi un profil socio-professionalo-psychologique. Vous êtes l’élément d’un échantillon type qui les aide à anticiper le marché …. Et à faire des nouveaux produits. Autrement dit, à chaque fois que vous achetez un truc bas de gamme, ou un truc haut de gamme, un truc bio, ou à chaque fois que vous arrêtez d’acheter un produit dans votre supermarché habituel, vous envoyez un signal à nos amis marketeur et vous influencez le design des produits (leur nature, leur packaging, leur composition).

Exemple: depuis 6 mois, vous n’achetez plus que du papier toilette bio et recyclable. Et bien quelqu’un, même plusieurs personnes, en tiennent compte, et réfléchissent à produire plus de papier toilette bio,  développer des marques bio pour vous proposer un plus large choix, dans le but bien sûr de vous piquer plus de fric en vous proposant un biopremium par exemple etc…. et vous êtes -avec tous les autres acheteurs de papier toilette bio du supermarché- à l’origine d’un cercle vertueux (dans le sens que, même si on peut en discuter, – on va d’ailleurs sans doute en discuter -, et bien remplacer un rouleau de papier toilette pas bio par un rouleau de pq bio, c’est bien). Ok, certes, ça suffira pas à stopper le réchauffement climatique, mais c’est déjà un petit quelque chose.

toilet-paper-1230149_1920

En un mot, chacun de vos achats à un impact, très grand si vous décidez de soutenir un petit producteur bio qui fait de la réinsertion sociale, un peu moins grand si vous allez dans une grande chaîne. Mais il n’a pas seulement un impact pour vous, il a un impact, sur la longue durée, sur toute la chaîne de production et de votre environnement microscopique (vous faites ami-ami avec un petit commerçant) à votre environnement macroscopique (vous affaiblissez une multinationale qui ne signera pas le traité “historique” que représente le Tafta).

Voilà, cet article se termine (enfin ?). On espère vous avoir fait prendre conscience qu’il n’y a pas de petit acte, et pas d’acte anodin. Que l’argent tant qu’il est dans votre poche, c’est un pouvoir que vous pouvez et devez utiliser de façon consciente. Que ce n’est pas si difficile, qu’il faut dire non à l’enfumage et avoir le courage de pas prendre le chemin le plus court pour se donner une chance de vivre dans un monde un peu meilleur.

Bon magasinage !

De la difficulté de donner ou le charme de l’indifférence

Cet article, aussi docte puisse-t-il paraitre, ne doit pas être lu comme un sermon, mais comme une invitation à réfléchir sur ce qui nous pousse à agir ou non. Il est très personnel, même si j’espère que quelques-uns s’y retrouveront…

Mon analyse, toute personnelle donc, part de deux constatations.

D’une part, que malgré tout, l’Homme est plutôt enclin à aider son prochain. Par exemple, lorsque vous n’êtes pas pressé et que quelqu’un vient vous poser une question dont vous avez la réponse, il est rare que vous la lui refusiez.

Cependant, lorsqu’un mendiant vient nous interpeller dans le métro, il est rare que nous lui donnions. De même une personne sans logement, assise en tailleur sur un trottoir entend bien rarement tomber les pièces dans son gobelet McDonald… Mais dès qu’une personne décide de donner, comme si elle rompait un sceau magique, d’autres personnes l’imitent, et donnent à leur tour.

Je me suis interrogé sur la nature de ce sceau qui nous empêche d’aider ceux qui en ont besoin. Voici mes modestes conclusions.

La première cause, le premier maléfice qui créée ce sceau est pour moi que nous vivons comme des robots, mais des robots qui seraient encore emballés dans leurs boîtes. Quand nous marchons dans la rue, quand nous prenons le métro, nous sommes prisonniers de nos pensées, enfermés entre les deux écouteurs de notre casque audio, dérivant entre les lignes de nos livres, pendus à notre téléphone portable. Nous nous extrayions de la situation, de la réalité parfois un peu pénible, un peu bruyante, un peu malodorante, en espérant que le trajet passe plus vite. Nous mettons une barrière entre la réalité et nous. Et Michel, 45 ans, qui est au chômage depuis trois ans et vit dans la rue depuis 6 mois, qui braille pour nous demander une pièce ou un ticket resto, nous rappelle durement à cette réalité que nous cherchons à oublier.

Nous essayons de ne pas le voir, d’éviter son regard, nous plongeons la tête dans notre livre, regardons manifestement par la fenêtre du métro, sans rien voir que son reflet pitoyable. Nous lui refusons un regard, je ne parle même pas de sourire, nous refusons de le voir, à défaut de le reconnaitre comme un des notre- un ADF -, nous ne lui reconnaissons même pas son humanité. Non seulement nous ne lui donnons rien, mais en plus, nous lui prenons tout ce qui lui reste … et le pire, c’est que ce que nous lui reprochons, c’est de ne pas nous laisser nous évader du présent, nous lui faisons porter la responsabilité d’un tort qui en réalité nous incombe, celui de fuir ; en réalité, nous devrions le remercier de nous rappeler à la réalité, aussi dure soit-elle.

C’est peut-être la première étape vers la générosité que d’offrir, pas même un sourire, mais juste un regard. Ce n’est pas facile, parce que bien sûr, toute cette misère et cette crasse nous paraissent impudiques, voire obscènes. C’est pas facile parce que de regarder, et donc de reconnaitre cette souffrance, accuse indirectement notre inaction, notre passivité.

man-1188012_1280

L’embarrassant sentiment de supériorité

J’en viens au deuxième point. Ce qui est difficile, dans le geste de donner, c’est le geste lui-même. Je veux dire, sortir son porte-monnaie, l’ouvrir, prendre une pièce ou deux, la tendre, la déposer dans cette main noire et tremblante, regarder la misère nous sourire, lui sourire en retour, et avoir un peu mal.

Je me suis surprise parfois à souhaiter que les pièces se télétransportent directement dans la poche du mendiant. C’est étrange, oui c’est bizarre, parce qu’en principe, on est heureux d’aider quelqu’un, on aime quand quelqu’un nous dit : « merci ».

Mais bizarrement, là, ce merci ne nous fait pas tant plaisir. Je me suis demandé pourquoi et je me dis que par ce geste, – celui de donner de l’argent à quelqu’un- nous établissons, plus ou moins directement, notre supériorité, nous la reconnaissons et la rendons manifeste.

 En général, celui qui a de l’argent est supérieur à celui qui n’en a pas : le client roi paye l’entreprise pour un service ou un produit s’il en est satisfait, le patron paye son employé s’il travaille bien, les parents donnent de l’argent de poche à leurs enfants, s’ils ont été sages … Il y a bien un état de supériorité de celui qui donne par rapport à celui qui reçoit, et cet état devient véritablement un rapport, lorsque par le transfert de bien, il s’établit un lien entre les deux entités. De la même façon, nous sommes en état de supériorité lorsque nous passons à côté d’un mendiant dans la rue, mais il y a un rapport de supériorité lorsque nous lui donnons de l’argent.

C’est beaucoup plus simple de donner par virement bancaire à Action contre la Faim : rien à faire, un prélèvement sépa automatique de 7 euros et puis l’humanité va mieux (attention, je ne dis surtout pas que c’est pas bien, je dis juste que cette forme de don est plus simple parce que médiatisée). Mais là on regarde la personne dans les yeux, et on lui dit “tiens, voilà, je te donne de l’argent, pour l’amour de Dieu, pour l’amour de l’humanité, parce que tu me fais pitié”. On se sent presque mal, on se sent coupable de jouir de tant de bien face à quelqu’un qui n’a rien. Mais, pour moi, ce qui est le plus difficile c’est que c’est le moment où on comprend notre responsabilité : cette personne a besoin de nous, nous l’aidons parce que nous en avons le pouvoir, et si c’est bien, si c’est juste alors ce pouvoir devient un devoir. Nous faisons l’expérience de notre responsabilité, à titre d’humain face au reste de l’humanité.

Et dans le fond c’est peut-être ça le vrai sens de la solidarité, c’est-à-dire pas seulement soutenir les gens qui sont au même niveau que nous, pas seulement soutenir ceux qui ont les mêmes origines ou les mêmes ambitions (ça c’est plutôt du communautarisme, soutenir des gens dont on se sent naturellement ou culturellement proches), mais accepter qu’il existe un lien, de responsabilité, de respect, un lien humain entre les membres de la société, un lien qui nous implique, qui nous coute d’une façon ou d’une autre, qui nous engage.

homeless-1152516_1920

Mais revenons à nos moutons, car j’en arrive à mon troisième point. En effet, j’ai parlé d’humanité. Cette personne, Michel, 45 ans, qui n’a pas pris de repas chaud depuis 4 jours, nous apparaît comme le symbole d’une humanité souffrante. Sa souffrance, qui est l’incarnation de tant d’autres, de millions, de milliards de souffrances, nous accable, nous décourage.

C’est le principale écueil, car, souvent, ce qui nous retient de donner, et qui fondamentalement, n’est pas aberrant, c’est de nous dire “oui je donne à lui, mais si je commence à donner à tous ceux qui me demande, je serais ruiné avant d’arriver à destination” ou bien encore “pourquoi donner à lui plutôt qu’un autre” … En fait, lorsque nous faisons ça, nous volons encore à Michel son humanité, nous faisons de lui une image d’Epinal, celle du « sdf du métro parisien ». Nous oublions que Michel avait un logement avant, il avait une adresse, il avait un travail, un patron, des collègues, Michel est un homme, il a des passions, il a des rêves, il a aussi des défauts. Nous oublions surtout que, si Michel en est là aujourd’hui c’est que OUI l’euro que nous allons lui donner (ou pas) va faire une différence pour lui, au moins ce soir.

 Nous, nous pensons à long terme : “c’est pas en donnant des euros par-ci par-là qu’on va relever le pays, c’est des problèmes structurels qui mènent là où on en est”, et puis “Michel, est-ce qu’il veut s’en sortir au final ? demain ça ira pas mieux pour lui …”.

Mais pour Michel, demain ça n’existe pas, c’est  ce soir  qui compte, notre euro, qui permet de manger et de dormir à l’abri, est tout ce qui compte, et il a sans doute plus de valeur que n’importe quel objet pris au hasard dans notre appartement douillet. Alors oui ça vaut le coup de donner un euro à Michel, même si on peut pas donner un euro à tous les Michels, ça vaut le coup de lui sourire, et ça vaut le coup de le regarder dans les yeux, pour pas lui mentir et pour pas nous mentir, parce que malgré tout, il y a pas de raison qu’il s’en sorte pas Michel, si tout le monde le regarde dans les yeux et lui sourit, même si tout le monde lui donne pas un euro …

people-844207_1920.jpg

 

Signer les pétitions en ligne, est-ce utile ?

J’aborde ici une question qui, je pense, nous est tous venue à l’esprit un jour. En effet, les pétitions en ligne se multiplient et pas un jour ne passe sans que l’une ou l’autre n’atterrisse dans ma boîte aux lettres électronique ou sur mon fil d’actualité Facebook.

Je vais donc essayer de répondre à cette question qui nous taraude tous.

Les pétitions, une des voix de la démocratie directe 

La pétition constitue un des outils importants des démocraties directes (où le peuple vote les lois directement et non par le biais de représentants comme on peut le lire ici) puisqu’elle permet aux citoyens de soumettre au parlement des projets de lois. La pétition est une forme de démocratie participative, qui se définit comme l’ensemble des dispositifs qui permettent de mieux intégrer les citoyens dans la vie politique et les faire participer aux processus de décision.

Il faut 1 million de signatures pour saisir la Commission Européenne et l’inviter à soutenir une loi (plus d’infos ici). En Suisse, 50 000 signatures peuvent faire annuler une loi, en France, depuis 2008, les citoyens peuvent saisir le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dès lors qu’une pétition réunit 500 000 personnes, mais l’initiative des lois reste la prérogative du gouvernement.

En tant que telle, la propagation des pétitions semble le signe d’une évolution positive de la démocratie, qui laisserait une plus grande place au citoyen.

 Avec des points d’ombres

Tout d’abord, la valeur des pétitions en ligne pose problème, puisqu’il est difficile de vérifier le nombre de voix, même si les sites mettent en place des systèmes de vérification.

L’identité de l’auteur de la pétition, qui peut rester anonyme ou utiliser un pseudo peut donner lieu à des manipulations, comme l’évoque cet article du Monde).

Il faut souligner également que le contenu de la pétition, les informations qui y sont exposées et qui motivent la signature, ne sont pas vérifiées par les sites qui les hébergent. Autrement dit, n’importe qui peut vous demander de signer pour n’importe quoi.

Notons enfin qu’une des sources de revenue de ces sites d’hébergement de pétitions est la vente aux grosses ONG et associations caritatives, de pétitions sponsorisées, adressées à une audience ciblée d’internautes, sensibilisés aux causes.

Enfin la question de l’utilisation des données reste très problématique, sachant que bien sûr, les engagements pris n’assurent de rien et qu’il est très probable pour ne pas dire certain que les données des signataires soient au moins utilisées, au pire revendues (pour plus d’info rendez-vous ici).

Des succès rares mais éclatants

Un nombre impressionnant de pétitions sont lancées chaque année, dont seulement une toute petite partie aboutie. En France, on peut prendre en exemple la pétition en faveur de la libération de Jacqueline Sauvage qui a récolté quelques 435 000 signatures, ou encore la pétition de Caroline de Haas contre la loi travail, qui a récolté plus d’un million de signatures et a conduit à une réécriture du texte (non satisfaisante pour les pétitionnaires).

Mais d’autres pétitions, qui n’atteignent pas un nombre aussi vertigineux de signatures peuvent rencontrer du succès.

nuitdeboutparis

Les facteurs de réussite

Tout d’abord, pour réussir une pétition il faut que la personne à qui l’on s’adresse, la revendication et, éventuellement, les moyens de mise en œuvre, soient clairs et précis.

Concernant le nombre de signataires, il dépend bien sûr de l’ambition de la pétition. Pour un « petit enjeu », un petit nombre peut suffire.  Dans les cas des grands enjeux, c’est la loi qui détermine le nombre de voix nécessaires et il est en général très conséquent.

Les signatures de personnes importantes peuvent avoir leur importance, pour faire infléchir le pouvoir à qui l’on s’adresse comme pour motiver d’autres signataires.

Pour conclure, on soulignera que la pétition est un moyen de créer du lien social autour d’une cause, même si ce lien est virtuel, et d’informer les lecteurs d’un sujet grave. On peut prendre comme exemple la pétition contre l’excision en France, qui a lancé le débat sur un sujet tabou et peu médiatisé jusque-là (plus d’infos ici).

Autrement dit, libre à vous de signer ces pétitions, en sachant que ça vous engage -peut-être plus que ce que vous croyez- mais surtout lisez-les, si elles viennent d’une source sûre ou s’appuie sur de preuves, car elles constituent un canal d’information alternatif.